Interviews

Interview de l'artiste pour le site "Sauvons l'art"

Jean-Joseph Chevalier est un artiste en décalage avec son temps. Dans le silence de son atelier, il délivre patiemment la beauté prise dans la matière et la révèle avec jubilation, sans se mettre en avant ou se proclamer l'artiste de l'année, sans gagner les millions d'euros qui gavent les artistes incompétents mais célèbres.

Tiphaine Piron est allée à sa rencontre pour lui demander son avis sur le monde de l'art aujourd'hui.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours sur le plan de votre carrière artistique ?

Ma vocation artistique commence à 18 ans lors d'une neuvaine à la Vierge à l'abbaye de Solesmes. J'y ai alors rencontré Paul Rhoads, artiste américain, qui me demande au vu de mes dessins si je veux devenir artiste... Après six mois passés à ses côtés, j'ai continué mon apprentissage sur la voie royale sur laquelle il m'avait mis, en côtoyant Raphaël, Durër, Praxitel, etc. Cet apprentissage fut long et difficile, ne sachant pas toujours écouter à propos les conseils de De Vinci, ni les recommandations de Michel-Ange... Cet capacité à voir et écouter pour progresser, demande de l'humilité, demande de savoir remettre en cause son travail, et surtout de la persévérance. Ne pas chercher dans un discours des excuses pour masquer son incompétence, ne pas écouter ceux qui vous disent que copier est passéiste, que la beauté est subjective, ne pas rechercher l'originalité ou un style mais rechercher à être libre en ayant la capacité d'être maître de son art...

De quels courants artistiques sont nourries vos œuvres ?

Deux tendances se heurtent et se complètent en mon fort intérieur. L'une d'elle est l'idéalisation, essayer d'arracher le particulier pour tendre à l'universel, et l'autre est au contraire la personnification, passer de l'universel au particulier. Vous voyez tout de suite que l'histoire de l'art est continuellement traversée par ces deux courants (portraits romains, âge classique grec, art byzantin et art roman etc.). Cet ainsi que je me nourris de ces deux extrêmes qui se rejoignent en un cercle. Je suis attiré à la fois par le classique et le naturalisme, par le gothique et le romantisme etc.

Le centre de ce cercle est finalement ce qui rassemble tout ces courants, à savoir la Beauté. Je suis attiré comme un papillon à la lumière, comme un philosophe par la Vérité, comme un saint par la Bonté... L'artiste est finalement un officiant de la Beauté...

Quels sont les peintres les plus marquants pour vous sur le plan esthétique ?

La connivence que je peux entretenir avec tel ou tel artiste dépend de mon état intérieur, de ma capacité à accueillir la parcelle de Beauté retransmise à travers une œuvre... Pour la peinture, Titien, Tintoret, Le Caravage, Le Brun, Boucher, Rubens..., pour la fresque Tiepolo et Andrea Pozzo, pour la sanguine Watteau, pour le lavis Rembrandt et Fragonard, pour le pastel Quentin Delatour, pour la sculpture Michel-Ange, Houdon, Cannova, Le Bernin...

Quelle est votre opinion de l’Art contemporain conceptuel ? Peut-on, selon vous, encore le qualifier d’Art à proprement parler, ou le considérez-vous davantage comme un concept mercantile ?

L'art contemporain conceptuel, un serpent qui se mort la queue... Un boiteux qui fait croire que la faiblesse de sa jambe repose sur la force de la seconde... inexistante dans les faits. Je m'explique : quand on remarque la faiblesse intellectuelle du concept, on est renvoyé sur la force artistique, et quand on met le doigt sur la faiblesse artistique, on nous parle de l’excellence du concept... Le concept s'appuie sur l'art pour exister et vice versa, mais aucun d'eux (deux) ne tient debout....

Si l'Art est l'expression, par les œuvres humaines, d'un idéal esthétique (petit Robert), je dirais que nous n'avons pas le même idéal... Plutôt que de perdre mon énergie à combattre cette imposture, je me concentre sur mes œuvres, qu'elles soient à la hauteur de ce que j'entends par Art... travail difficile au regard de ce qui me reste à parcourir...

Quelles sont les différences majeures entre le courant esthétique auquel vous avez choisi d’adhérer et l’Art contemporain ?

La différence majeure est la finalité, la Beauté. Présente dans l'Art, inexistante dans « l'Art contemporain » ou de façon accidentelle. Différence aussi dans le temps. L'un tend à l'universel, l'autre veut d'une manière révolutionnaire prendre le temps présent pour lui. Tous les artistes sont contemporains de leur époque...
Ainsi je me revendique artiste contemporain, et refuse ce hold-up de l'Art et du Présent par certains, qui veulent mettre les autres dans le passé...

N’est-ce pas trop difficile d’exister aujourd’hui sur le marché de l'Art en s’engageant sur un chemin alternatif ?

Non, car le monde évolue avec internet. Les gens se rendent compte que l'Art existe toujours, l'Art contemporain est un cadavre en décomposition qui ne dupe que ses fidèles, porté par ses grands prêtres, ses dogmes et ses rites. Quand je réalise une exposition, j'ai des centaines de mots sur mon livre d'or. Tout être humain est sensible à la Beauté, j'ai la force du bon sens derrière moi, l'appel à travailler avec moi et l'espérance de devenir un véritable artiste contemporain devant moi...

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos lecteurs ?

Que l'Art n'est pas mort, que ceux qui ont voulu kidnapper le présent sont passés, que des artistes serviteurs de la Beauté existe, que ces peintres, sculpteurs et dessinateurs contemporains dont je fais partie sont heureux d'être au service de l'Art, reflet d' intemporalité et d'éternité. Enfin j'espère que mes œuvres ne seront pas un contre-témoignage de mes aspirations, et que si elles vous laissent déçus, que cela ne remette pas en cause la noblesse de la mission de l'Art, qui à travers la Beauté donne de l'espérance à notre monde…